Agriculture et environnement : Quelles solutions pour nourrir durablement l’humanité ?

Alors qu’elle est essentielle à la survie de l’humanité, l’agriculture est de plus en plus unanimement désignée comme la coupable d’un nombre croissant de fléaux. Épuisement des nappes phréatiques, disparition des écosystèmes, pollution des ressources naturelles, obésité, contamination aux pesticides… C’est en réalité l’agriculture industrielle qui est pointée du doigt. Existe-t-il un moyen de nourrir notre population humaine en expansion, avec des produits sains et de qualité, tout en préservant l’environnement ? De nouvelles solutions sont développées et s’avèrent d’ores et déjà riches de promesse. L’agriculture raisonnée s’apprête-t-elle à sauver le monde ?

 

Agriculture et écologie : forcément incompatibles ?

 

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Une vaste étendue de champs, résultat de l'agriculture intensive

L’agriculture moderne a façonné notre mode de vie, mais aussi nos paysages. Précipitant les urgences écologiques du 21e siècle.

Nous avons tous en tête la vision de ses immenses parcelles agricoles arrosées de pesticides et d’engrais chimiques, dont la terre s’épuise peu à peu. Les médias et la communauté médicale nous alertent sans cesse sur les dangers d’une alimentation à 100 % issue de l’agriculture intensive. D’abord, pour les travailleurs de la terre, directement exposés aux particules nocives. Ensuite pour nous, consommateurs. Les céréales, légumineuses fruits et légumes produits par cette agriculture industrialisée perdent au fil du temps tout intérêt nutritif. Pire encore, ils sont porteurs de substances cancérigènes, ou suspectées de l’être, et nous exposent à l’effet cocktail !

Côté paysan, la situation n’est guère plus reluisante. Les agriculteurs souffrent du manque de reconnaissance de leur travail. Un travail qui ne suffit même plus à les nourrir, puisqu’en 2015, 30 % des agriculteurs dégagent un revenu équivalent à 300 € par mois… contre 18 % en 2014. La progression alarmante du nombre de suicides et d’appels de détresse de la part de familles de cultivateurs brosse le tableau inquiétant d’une paysannerie malmenée et déconsidérée.

Alors que les techniques de culture développées durant le 20e siècle avaient pour vocation d’éradiquer la famine et la malnutrition, l’agriculture industrielle provoque aujourd’hui obésité, carences alimentaires et pathologies chroniques. Tandis qu’une part notable de la population mondiale meurt encore de faim.

Destructrice de biodiversité et de ressources naturelles, nocive pour la santé, moralement insatisfaisante, l’agriculture intensive fait l’objet de critiques virulentes. Reste à accélérer le développement des alternatives nécessaires (agroécologie, permaculture…) pour maintenir un niveau de production satisfaisant, tout en veillant sur la qualité alimentaire et en préservant l’environnement. Mission impossible ?

Agriculture bio, demain la norme

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Protéger durablement la nature grâce à l'agrciulture bio.

Modèle vertueux autant que fructueux, l’agriculture bio séduit un nombre croissant de consommateurs.

Présentée comme la plus sûre alternative aux excès de l’agriculture conventionnelle, l’agriculture biologique a retiré de l’équation produits phytosanitaires et pesticides de synthèse. 

Une étude statistique publiée en février 2019 par l’Agence Française pour le Développement et la Promotion de l’Agriculture Biologique révèle que plus de 9 Français sur 10 ont consommé des produits bio au moins une fois au cours de l’année 2018. 71 % en ont consommé au moins une fois par mois, et 12 %, chaque jour !

Ouverture d’épiceries spécialisées, de restaurants et de cantines scolaires bio, développement du marketing autour du biologique… L’agriculture bio a su imposer un nouveau modèle d’alimentation et suivre les aspirations des consommateurs. Une alimentation sûre, saine et savoureuse, produite dans le respect de l’environnement et de l’agriculteur.

Circuits courts, AMAP… pour une agriculture locale et équitable

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Un panierde légumes acheté auprès d'un cultivateur local.

L’agriculture locale ne préserve pas uniquement l’environnement. Elle retisse les liens indispensables entre population et agriculteurs.

Rapprocher le producteur de ses consommateurs est une autre initiative déjà bien implantée, notamment chez les urbains déconnectés de la nature. Coopératives agricoles et associations fleurissent partout en France. Jusqu’à provoquer de notables changements de paradigmes dans la grande distribution.

On a ainsi pu découvrir des gammes de produits alimentaires dont les prix sont fixés dans le sens d’une plus juste rémunération du producteur. La marque Ensemble de Biocoop, née en 1999, est un précurseur du genre. En 2016, Nicolas Chabanne fonde la coopérative laitière C’est Qui Le Patron ?! et vend 65 millions de briques de lait en 2 ans. Preuve que l’avenir de la grande consommation relève aussi d’une justice économique et environnementale.

L’agriculture urbaine : retour vers le futur

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De vastes serres en ville, l'avenir de l'agriculture ?

Au Moyen-Age, l’agriculture urbaine était indispensable à la survie des citadins. Son modèle redessine aujourd’hui le visage de nos métropoles.

Difficile toutefois pour les agriculteurs de tenir leurs promesses aux consommateurs quand les exploitations agricoles sont directement menacées par l’urbanisation. L’objectif « zéro artificialisation nette de sols agricoles » paraît d’autant plus difficile à tenir que la France a perdu des millions d’hectares de superficie en quelque 40 ans.

Pourtant, agriculture et urbanisme n’ont pas toujours été opposés. Au Moyen-Âge, le plus sûr moyen d’approvisionner les villes en nourriture était d’installer champs et élevages aux portes de la cité… voire entre ses murs. Ainsi consommait-on des aliments frais, à une époque où les techniques de conservation étaient incertaines.

L’agriculture urbaine n’est donc ni une idée récente, ni une fantaisie écologique. Les villes sont de plus en plus nombreuses à en appliquer les principes. Elles mêlent ainsi les problématiques du bio et de la sauvegarde des écosystèmes.  On a vu se multiplier les jardins d’entreprise et potagers en permaculture, sans compter les exploitations d’agriculture verticale et les plantations en aquaponie.

L’agriculture urbaine devient un levier nécessaire d’intégration de la nature en ville. Elle contribue à faire changer les comportements et à rééduquer au vivant, pour une action positive sur l’environnement.

Guidées par la science et le bon sens, les initiatives en faveur d’une agriculture écocitoyenne ont trouvé chez les actifs urbains un écho plus que favorable. On installe des ruches sur les toits. Des jardins partagés dont on profite collectivement des récoltes. On contribue à l’amélioration du bien-être au travail par l’installation d’espaces verts autogérés au bureau. Si la ville grignote les espaces agricoles, les espaces verts, eux aussi, colonisent le béton.

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Parce qu’ils cultivent le vivant dans la durée, les agriculteurs doivent devenir les premiers ambassadeurs de la nature. Le défi pour eux ? Adapter leurs modes de production aux progrès en termes d’agroécologie, d’aquaponie, etc. Mais aussi aux contraintes climatiques et à l’évolution des modes de vie.